Saïgon 1955 (suite)
andre almerge.tiff

Il le devint. Le nom de "Gelinotte" est encore dans la mémoire de tous ceux qui s’intéressent aux courses de chevaux.

La réalisation de cette prédiction l’avait étonné. Il n’hésita pas à me demander, persuadé de ma réussite, de m’occuper du cas d’un jeune soldat revenant d’Indochine qui comptait beaucoup parmi ses camarades. La question posée était complexe.

Ce jeune soldat était sans nouvelles de sa fiancée restée en Indochine. Etait-elle malade ? Les rues de Saigon n’étaient pas sûres à cette époque. Y avait-il eu un accident ? Au contraire était-elle en route pour regagner la France ?

En somme des questions angoissantes mais aucun renseignement précis.

J’avais bien localisé à Saigon une avenue : l’avenue d’Espagne. Dans cette avenue, un bâtiment où tout paraissait m’indiquer que cette jeune femme se rendait quatre fois par jour. J’avais déjà la certitude que là était son lieu de travail.

J’avais aussi identifié un autre point : la localité de Gia-Dinh. Mais en définitive j’avais la conviction que non seulement cette jeune femme était souffrante mais aussi qu’elle ne reviendrait jamais en France.

Je fis part du résultat de mes recherches à mes amis. Le jeune soldat eut beaucoup de peine mais il nourrit tout aussitôt le secret espoir que j’avais commis une erreur grossière.

J’avais un peu perdu de vue cette affaire lorsqu’elle me fut rappelée par une lettre en date du 12 octobre 1955, écrite par mon jeune camarade après qu’il eut découvert la vérité auprès des militaires rapatriés d’Indochine.

Cette lettre, la voici dans toute sa simplicité et sa surprenante conclusion :

"Cher Monsieur,

Je vous remercie d’avoir bien voulu me consacrer une partie de votre temps et fait bénéficier de votre savoir. Je m’incline devant vos connaissances.

Vous avez su situer avec une grande précision la résidence et  le lieu de travail de mon amie qui se trouvent pourtant sur une autre partie du globe.

Vos réponses confirment ce que je savais déjà. Cette fille habitait Gia-Dinh, faubourg de Saigon et était malade lorsque je partis. En ce qui concerne l’avenue d’Espagne, il se trouve que nos rapports commencèrent à cet endroit lorsque nous travaillions ensemble.

J’ai assez profité de votre bonté, vous avez conclu juste

Je ne l’épouserai pas.

Je vous prie de croire à mes sentiments distingués"

Signé Douady